Sony FX5 : mon premier tournage avec la nouvelle caméra, et pourquoi elle m'a convaincue
Je suis utilisatrice de la Sony FX3 depuis quatre ans. Elle a été sue tous mes tournages : +8 pays pour Copines de Voyage, la Thaïlande pour Lucie Bertaud : Sa Revanche, des dizaines de films de marque et documentaires diffusés sur . Je lui fais confiance. Et quand Sony nous a proposé, à Jérémie Pennequin et moi-même, de réaliser le film de lancement de la FX5, notre première réaction a été : Let’s gooooo (mais elle a intérêt d’être à la hauteur.)
Spoiler : elle l'est.
/ Ce qu'il faut savoir sur la FX5
La FX5 n'est pas une FX3 avec un firmware mis à jour. C'est une vraie caméra repensée autour d'un nouveau capteur : un BSI Exmor RS plein format empilé de 16,6 MP, conçu pour la vitesse de lecture et la réduction du rolling shutter. Ce que ça change concrètement : des images plus propres dans les mouvements rapides, moins de distorsion sur les pans, et une latitude de dynamique qui monte à plus de 15 stops.
Ce qui m'a directement parlé :
Trois ISO de base. La FX3 avait deux points d'ancrage : 800 et 12 800. La FX5 en ajoute un troisième à 4 000. Ça peut sembler anecdotique. Ça ne l'est pas. Sur un tournage sport où tu passes d'un couloir sombre de salle de gym à un extérieur en plein soleil, ce troisième ancrage est une bouffée d'air.
Le RAW interne en X-OCN. C'est une première dans la gamme FX compacte. Jusqu'ici, pour enregistrer en RAW Sony, il fallait passer par un enregistreur externe. Là, c'est intégré. Pour quelqu'un qui travaille avec des coloristes exigeants ou qui veut garder un maximum de latitude en post, c'est un changement de paradigme.
Le 5K Open Gate. La FX5 enregistre en 5K 3:2 jusqu'à 60 fps, et en 4K jusqu'à 120 fps. Et avec la mise à jour firmware à venir, elle montera à 5K 120 fps et 4K 240 fps. Pour du film sportif, les possibilités de ralentis changent de dimension. Mais ce qui m'intéresse tout autant dans le format Open Gate, c'est ce que ça permet en termes de recadrage : en tournant en 5K 3:2, on produit une image qui couvre à la fois le 16:9 et le 9:16. À l'heure où on doit livrer du contenu pour les réseaux verticaux en plus du format cinéma, c'est une vraie liberté. Un seul tournage, deux formats. C'est du temps et de l'argent économisés.
Le processeur BIONZ XR2 + une puce IA dédiée. L'autofocus est plus intelligent, la reconnaissance des sujets plus fine, la détection des yeux plus rapide. Sur un athlète en mouvement à pleine vitesse, ça compte.
L'écran. Grand, lisible, suffisant. Sur ce tournage, on n'a pas sorti le moniteur externe une seule fois. C'est rare et c'est appréciable : un setup plus léger, moins d'encombrement, plus de réactivité.
L'audio 32-bit float. Via la poignée XLR optionnelle, la FX5 enregistre jusqu'en 32-bit float à 96 kHz. Pour du tournage solo ou en équipe réduite, c'est une sécurité énorme.
La caméra pèse 734 g. Elle reste compacte, maniable, dans la logique de la gamme. Ce n'est pas une Venice, ce n'est pas ce qu'elle cherche à être.
Prix : autour de 5 400 € selon les revendeurs.
// Honnêtement : la FX3 vs la FX5
La FX3, je la connais par cœur. Ses limites, ses forces, ses comportements dans les situations extrêmes. Alors quand on me met une FX5 dans les mains, je ne la regarde pas avec les yeux d'un test labo. Je la regarde comme un outil de travail.
La FX3 reste une caméra excellente. Si tu en as une, elle est loin d'être obsolète. Son image est belle, son ergonomie est maîtrisée et pour beaucoup de contextes, elle suffit largement.
Mais la FX5 est une nette évolution. Le troisième ISO de base change le workflow en conditions lumineuses mixtes. Le RAW interne ouvre des portes en post que la FX3 ne peut pas ouvrir sans enregistreur externe. Et les ralentis en 4K 240fps avec ce nouveau capteur : la qualité d'image est visiblement supérieure.
Ce qui ne change pas : la compacité, la prise en main, la philosophie de la caméra. Si tu aimes la FX3, tu te retrouveras dans la FX5.
La seule vraie question, c'est si ces évolutions justifient le delta de prix selon ton activité. Pour du film de marque haut de gamme, documentaire et sport, si tu as des rentrées d'argent stables et que tu es en position d'amortir cet investissement : oui, sans hésitation
/// Le film : ce qu'on a voulu raconter
Quand Sony nous a confié la réalisation du film de lancement, on avait une liberté éditoriale complète. Pas un produit packagé à la chaîne : une vraie intention artistique.
L'idée de départ : montrer ce que cette caméra permet, sans le dire. Pas de spec sheets à l'image, pas de cartons techniques. Juste un athlète, dans sa dimension la plus brute et la plus belle. Antoine Nguyen est triathlète, mais aussi Ironman et grimpeur. On voulait un profil multi-disciplines pour pousser la caméra dans des univers visuels radicalement différents : l'eau, la montagne, la route, la piste, et en intérieur aussi. Pour voir de quoi elle était vraiment capable.
La ligne directrice artistique : l'effort comme état de grâce. Pas le cliché de la souffrance sportive en noir et blanc. Quelque chose de plus complexe : la concentration, la maîtrise, la violence douce de quelqu'un qui repousse ses limites dans un silence intérieur total.
Ce qui nous simportait, c'était que chaque plan ait une raison d'exister. Pas d'images pour remplir.
& Les conditions de tournage
Ce tournage, c'était quatre disciplines dans des environnements complètement différents, avec un bonus muscu/haltérophilie en intérieur pour compléter le tableau.
L'eau. On a tourné dans les lac d'Annecy et à Aix-les-Bains. La FX5 a été plongée avec une protection Dicapac. Ce qu'il faut savoir : c'était la première séquence du tournage. Si la caméra prenait l'eau, c'était tout le reste qui partait avec. Ce genre de pari, on le fait ou on le fait pas… On l'a fait. La lumière sur l'eau change d'une minute à l'autre. Il faut décider vite et assumer.
La montagne. Les séquences escalade et vélo sur terrain rocheux, on est nous-mêmes montés sur la paroi. Ça demandait un setup compact : pas de place pour le superflu, chaque gramme compte, chaque déplacement est une décision. J'aimais l'idée de cette verticalité : un homme minuscule dans un paysage immense.
La route et la piste. Les séquences course à pied et cyclisme sur route avaient une autre énergie : plus linéaire, plus maîtrisée. C'est là qu'on a pu soigner les gros plans, les détails d'équipement, les portraits. Le portrait d'Antoine après l'effort, le regard face caméra : c'est toujours le plan qui décide si un film fonctionne ou non.
L'intérieur. La box de CrossFit Dahu à Aix-les-Bains pour les séquences haltérophilie et l'interview. Une lumière difficile, contrastée, des ombres dures. Exactement le genre de situation où un troisième ISO de base fait la différence.
//// Les choix techniques
Tout tourné en X-OCN. C'est la première fois que je travaille en RAW interne sur un boîtier aussi compact. La latitude en post est considérable : des conditions lumineuses extrêmement variées, contre-jour à la montagne, lumière rasante sur l'eau, intérieur à la box, et pourtant tout coexiste dans le même film avec une cohérence colorimétrique. L'étalonnage a été fait sous DaVinci Resolve.
Les optiques. On a travaillé avec une sélection Sony : le 35mm f/1.4, le 50-150mm GM f/2, le 50mm f/1.2, le 24-70mm f/2.8, le 16-35mm f/2.8, et un 10mm f/2.8. Sur les gros plans sport, la mise au point automatique de la FX5 m'a épargné des plans ratés qu'aucun assistant cam n'aurait pu rattraper. Sur Antoine qui sort de l'eau ou qui fonce vers l'objectif, l'autofocus n'est pas un confort : c'est une nécessité.
Les ralentis. Avec le firmware à venir en 4K 240fps, les possibilités vont encore s'ouvrir. Déjà en l'état, la qualité d'image dans les hautes vitesses est visiblement supérieure à la FX3. On l'a utilisé notamment pour les séquences natation et les détails mécaniques du vélo.
L'écran. On n'a pas sorti le moniteur externe une seule fois. Quand on est sur la paroi ou dans l'eau, c'est une liberté énorme.
///// Ce que ce tournage m'a appris sur la FX5
Une caméra, on ne la connaît vraiment qu'après un tournage exigeant. Pas dans un studio, pas sur une table de test… Mais sur le terrain, quand le plan est à saisir maintenant et que tu n'as pas le temps de douter.
Ce que j'ai aimé sans réserve : le troisième ISO, les ralentis, le RAW interne, l'écran et les nouveaux menus. Il faut s'y pencher sérieusement pendant un jour ou deux, mais une fois que c'est fait, c'est vraiment bien pensé.
Ce que j'aurais aimé : des ND internes. Mais je sais que ce n'est techniquement pas faisable sur un boîtier aussi compact, et honnêtement je préfère avoir la stabilisation interne plutôt que les ND. Ce qui m'a parfois gêné en revanche, c'est la vitesse de changement de format ou de fréquence d'images : quand tu changes de frame rate, la caméra reboot et ça peut prendre du temps. Ça casse un peu le côté spontané. Il ne faut surtout pas être dans le rush à ce moment-là.
La FX3 restera dans mon sac. Mais la FX5 prend sa place sur les projets où la qualité d'image prime. Pour du film de marque ambitieux, pour du documentaire sportif haut de gamme, pour tout ce qui demande le meilleur de ce que Sony peut produire dans un boîtier compact :
c'est elle.

